La climatisation, cette bombe à retardement pour l’environnement

24 mai 2022 Christophe Demay À la une

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Et si les efforts menés pour réaliser des économies d’énergie sur le chauffage se trouvaient demain anéantis parce qu’on refroidit plus. Et si les réductions des émissions de gaz à effet de serre étaient aussi réduites à néant par cet air conditionné cher à notre confort. En France comme ailleurs, la climatisation connaît un essor sans précédent. Une bombe à retardement pour l’environnement, à en croire certains.

Personne n’aime avoir froid, mais personne n’aime avoir trop chaud non plus. Le réchauffement climatique avec des épisodes de fortes chaleurs qui risque de se répéter d’année en année, fait déjà exploser la demande en matière de climatiseurs. L’Ademe évoque une spectaculaire progression en France en 2020 : “le nombre d’équipements vendus a dépassé les 800.000 unités alors que celui-ci était stabilisé autour de 350.000 par an précédemment”.

Le taux d’équipement progresserait ainsi vitesse grand “V” chez le particulier. Selon une récente enquête d’EDF R&D, 14% des ménages possédaient une climatisation, fixe ou mobile, en 2016. A peine trois ans plus tard, le taux d’équipement était déjà grimpé à 22% avec, on s’en doute, de très fortes disparités régionales. Quand près d’un foyer sur deux dispose d’un équipement dans le Sud-Est ou en Corse, le taux d’équipement n’est que de 11% en Bretagne.

Si l’air conditionné arrange notre petit confort personnel, il est cependant loin d’être une bonne chose pour la planète. Première raison, la consommation d’électricité qui augmente. “En 2020, la consommation des climatiseurs du secteur résidentiel est évaluée à 4,9 TWh, dont 75% est issue des maisons individuelles, et à 10,6 TWh pour le secteur tertiaire, dont les trois quarts proviennent des bureaux et commerces”, explique l’Ademe. Sachant que la consommation moyenne des résidences principales s’établit aux alentours de 430 TWh (térawattheures), la clim ne pèse pas lourd, mais sa part est appelée à grossir, forcément. Dans son étude de 2021, l’Ademe distingue toutefois les climatiseurs mobiles qu’on achète sur un coup de tête en cas de grosse chaleur, qui consomment 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur PAC réversible.

Quand la climatisation fait monter la température

La climatisation a décidément tout pour plaire, grosse consommatrice d’électricité, elle est aussi bourrée de gaz à effet de serre avec ces fameux fluides frigorigènes. “La climatisation est aujourd’hui responsable de près de 5% des émissions d’équivalent COdu secteur bâtiment”, selon l’Ademe.

La climatisation risque aussi de participer activement au réchauffement. Question de logique, comme un réfrigérateur, l’équipement produit du froid et évacue la chaleur. Résultats, selon une étude menée par le CNRS et Météo France, les climatiseurs augmentent la température extérieure en ville. Avec des climatiseurs de plus en plus nombreux qui fonctionnent de plus en plus longtemps parce qu’il fait de plus en plus chaud, cette augmentation de température pourrait même devenir perceptible selon les chercheurs: entre 0,25 et 1 degré, aujourd’hui, de 0,5 à 3 degrés supplémentaires à Paris à horizon 2030 avec l’hypothèse d’un nombre de climatiseurs multiplié par deux.

Et si les projections ne sont pas très enthousiastes au niveau de la France, elles le sont encore moins à l’échelle mondiale. Selon une étude fournie en 2019 par l’Agence internationale de l’énergie, 2,4 milliards de climatiseurs seront vendus dans les 10 prochaines années, et le nombre d’installations devrait bondir de 1,6 milliard aujourd’hui à 5,6 milliards à horizon 2050. Résultats, les émissions les émissions de CO2 directement liées à la climatisation pourraient doubler en trente ans, à plus de 2 milliards de tonnes et anéantir tous les efforts fournis pour produire une économie décarbonée.

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